Avant même de savoir exactement où la musique la mènerait, Amae a commencé par le piano. La guitare aura bien tenté une apparition dans son parcours, mais après quelques mois seulement, l’instrument a été abandonné au profit des touches. C’est finalement autour du piano que son rapport à la musique s’est construit, avant que le chant et l’écriture ne prennent progressivement leur place.
Chanter, pour Amae, a d’abord été quelque chose de profondément intime. Adolescente, elle chantait seule, doucement, presque uniquement pour elle. Elle écrivait déjà ses premières chansons et les gardait dans un espace très personnel. Jusqu’au jour où elle a commencé à les faire écouter à ses proches. Certaines réactions lui ont alors fait comprendre que ce qu’elle ressentait pouvait aussi atteindre les autres. Une révélation : la musique pouvait devenir un moyen de transmettre des émotions, mais aussi de créer un lien.
Écrire pour sortir les choses de soi
À ses débuts, l’écriture fonctionne comme un véritable exutoire. Les émotions négatives, les pensées difficiles, tout ce qui pouvait rester coincé à l’intérieur trouvait une place dans ses chansons. Écrire permettait de faire sortir les choses, de les déposer quelque part.
Avec le temps, son rapport à l’écriture a évolué. Amae ne cherche plus uniquement à transformer ses blessures en chansons : elle écrit désormais aussi sur ce qui lui fait du bien, sur ce qu’elle aime et sur les émotions positives.
Cette évolution s’accompagne également d’un équilibre entre intimité et universalité. Ses chansons peuvent partir d’histoires très personnelles sans nécessairement tout révéler. Elle garde certains détails pour elle, tout en laissant suffisamment d’espace pour que celles et ceux qui écoutent puissent y projeter leur propre histoire.
C’est d’ailleurs l’une des forces qu’elle trouve dans l’écriture : une chanson peut être née d’une expérience très précise et être comprise d’une manière complètement différente par quelqu’un d’autre. Elle évoque notamment un titre encore inédit, « L’Inconnu », inspiré par l’histoire de sa sœur qu’elle n’a jamais connue. Alors qu’elle y parle d’amour fraternel et d’absence, une amie y a entendu une tout autre histoire. Et finalement, cette interprétation différente fait aussi partie de la magie d’une chanson.
Transformer le négatif en énergie
Cette capacité à transformer les émotions en musique se retrouve pleinement dans son premier single « Échec et Mat ». Né à la suite d’une tromperie, le morceau aurait pu rester associé à la déception et à la colère. Amer choisit au contraire d’en faire quelque chose d’énergique, presque cathartique.
Le titre lui permet aussi de poser les premières bases de son nouvel univers musical. Après des morceaux aux sonorités différentes, elle avait besoin de trouver une direction, une identité qui lui ressemble davantage. Avec « Échec et Mat », le rock entre davantage dans son univers et annonce la couleur de l’EP.
« On prend le négatif, on le transforme en positif. » Une philosophie qui semble finalement traverser une grande partie de son parcours artistique.
« Décousue », un projet qui cherche sa propre identité
Prévu pour le 30 octobre, son EP Décousue réunira quatre titres : deux morceaux déjà dévoilés et deux inédits. Un format volontairement resserré, pensé pour permettre à chaque chanson de trouver son public plutôt que de sortir tout un projet d’un seul coup. Le titre « Échec et Mat » en constitue l’un des premiers jalons, tandis que « Coup d’un soir », sorti plus récemment, vient poursuivre cette histoire.
Pour Amae, la création peut naître de différentes manières. Parfois, tout commence au piano, avec une mélodie qui apparaît naturellement et quelques idées de topline. D’autres fois, c’est une composition extérieure qui déclenche l’écriture. « Coup d’un soir », par exemple, est né d’un piano composé par son ami Eliott, avant qu’Amae ne construise le morceau autour de cette base lors d’une résidence avec ses amis.
Amae revendique cette liberté musicale. Parmi ses inspirations du moment, elle cite notamment Teddy Bear, mais aussi plusieurs artistes dont elle apprécie particulièrement les univers, les compositions et les arrangements.
Elle se reconnaît dans cette génération d’artistes qui refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Une chanson peut évoquer un univers, tandis que la suivante prendra une direction totalement différente. Et c’est justement cette diversité qui l’intéresse.
L’EP Décousue marque justement une nouvelle étape : celle d’un projet qui commence à avoir sa propre direction, son propre univers et une artiste qui sait davantage où elle souhaite aller.
Le 30 octobre sera donc une nouvelle étape pour Amae. Pas forcément celle d’une arrivée, mais plutôt celle d’un projet qui commence à prendre forme sous les yeux du public. Et la suite pourrait être encore plus ambitieuse : elle réfléchit déjà à la possibilité d’organiser une véritable release party, voire, à terme, de créer son propre label ou de chercher un accompagnement professionnel.
En attendant, Décousue se dévoilera morceau après morceau. Une manière pour Amae de construire son public progressivement, mais surtout de lui laisser le temps de découvrir une artiste qui transforme ses expériences, ses doutes et ses émotions en musique.




