Quelques jours après la sortie de son tout premier album, Gervaise était l’invitée de Fossa FM sur le 107.5. Avec La pudeur, l’artiste signe un projet intime, puissant et profondément incarné, dans la continuité de ses deux EP mais avec une ampleur nouvelle.
Un premier album comme une évidence (et un saut dans le vide)
Après deux EP, sortir un album semblait logique. « Oui et non », nuance Gervaise. Si l’idée s’est imposée naturellement avec son équipe, elle s’est aussi interrogée sur ce que le format allait réellement changer.
Un album, c’est plus d’espace pour se raconter, aller au bout des émotions, creuser les failles. Sur La pudeur, seules trois chansons proviennent de projets précédents. « Il y a des titres qui nous accompagnent longtemps. Ceux-là me correspondaient encore totalement. » Les autres sont inédits, témoins d’une évolution personnelle et artistique. Car entre l’écriture d’un morceau et sa sortie, deux ans peuvent parfois s’écouler. Le temps transforme, déplace, fait grandir.
“Jeanne d’Arc pop” ou “guerrière fragile” : une armure à géométrie variable
Pour définir son univers, Gervaise évoque souvent une “Jeanne d’Arc pop”, ou plus justement une “guerrière fragile”. Une image née presque par hasard une coupe au bol, une blague mais qui a pris du sens. Ce qui l’intéresse dans la figure de Jeanne d’Arc, ce n’est pas le symbole récupéré, mais l’armure.
L’armure comme protection.
L’armure comme carapace.
L’armure comme pudeur.
« Cet album, c’est un peu l’armure que j’ai accepté d’enlever. »
Sur scène comme dans les visuels, cette armure devient un élément central : parfois rigide, parfois aérienne. Une métaphore de la fragilité assumée, du masque qu’on apprend à déposer pour gagner en liberté et en lumière.
Une liberté artistique renforcée
Musicalement, Gervaise a travaillé avec François Veldrin et William Rousseau, avec qui elle collabore depuis plusieurs années au sein du label Intense. Une relation de confiance qui lui a permis d’explorer davantage, d’arriver avec ses propres chansons, d’écrire seule ou à plusieurs.
« Ils m’ont laissé beaucoup de liberté. J’en avais besoin. »
Journal intime : une entrée en matière sans filtre
L’album s’ouvre avec Journal intime, un morceau cru et frontal. Une véritable présentation.
« Je couche sur le papier tous les démons, toutes les angoisses. »
Un titre cathartique, presque thérapeutique. « La musique, c’est une très bonne séance de psy », sourit-elle. Le morceau a d’ailleurs été choisi naturellement pour bénéficier d’un clip : une manière d’asseoir l’univers artistique dès les premières notes.
Entre désir, sororité et anxiété sociale
Sur La pudeur, Gervaise explore plusieurs thèmes forts :
Le désir et le regard inversé avec Un homme, où elle propose un “female gaze” inclusif et ouvert. L’anxiété sociale dans Hello, abordée avec une pointe d’autodérision. Elle y parle de ces soirées professionnelles où il faut réseauter, se vendre, parler de soi, des moments qui la mettent profondément mal à l’aise. L’ultra-sensibilité et la sororité dans Ultrasensible, une chanson dédiée à sa sœur, mais aussi à toutes les femmes qui ignorent leur propre force.
Faire écouter ce titre à sa sœur a été un moment de grande tension. Sa réaction, émue, touchée, a confirmé l’intuition de l’artiste : plus on parle de soi avec sincérité, plus on touche les autres.
“Je suis née” : trouver du sens
L’album se clôt sur Je suis née, une forme de conclusion lumineuse après les doutes et les pertes de sens traversées. « Peut-être que je fais de la pop en colère. C’est peut-être pour ça que je suis née. » Une réponse partielle, mais assumée. Une manière de transformer la colère en création.
La scène, un espace vital
Le 30 avril, Gervaise a célébré la sortie de l’album lors de sa release party. Entourée de ses musiciens Julien Picard et Stéphanie, et accompagnée par la coach scénique Bénédicte Le Lay, elle a proposé un show marqué par une douceur nouvelle. « Je me suis sentie plus apaisée. Et le public aussi. » Une évolution perceptible, reflet d’un album plus vulnérable et plus lumineux..
Un retour qui confirme le pari de l’artiste : oser se mettre à nu. L’album existe également en CD et en vinyle, une première dont Gervaise se dit particulièrement fière.




