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Tamo : « La musique est l’endroit où je peux loger ma vulnérabilité »

À l’occasion de la semaine des droits des femmes, Fossa FM a reçu Tamo, autrice, compositrice, interprète, entrepreneure et militante engagée pour la justice sociale. Elle est venue nous présenter son nouveau single « Que les daronnes nous pardonnent », un titre fort, intime et politique, qui explore les héritages féminins, la transmission et la vulnérabilité.

Un échange riche, entre musique, militantisme et quête personnelle.

Une artiste engagée, entre économie, militantisme et création

Avant de revenir pleinement à la musique, Tamo s’est illustrée dans le monde de l’engagement social et économique. Ancienne présidente du mouvement Impact France, elle a œuvré pour défendre l’intégration des enjeux sociaux et environnementaux dans l’économie.

Son engagement s’inscrit dans une histoire personnelle et familiale forte. Issue d’une famille immigrée d’Afrique du Nord, d’origine juive berbère et séfarade, elle grandit dans une culture marquée par les questions d’exil, de justice et de droits.

« Dans les familles qui ont connu l’exil, on a toujours milité, débattu, questionné nos droits. Mais il fallait l’exprimer d’une manière sérieuse. L’art ne faisait pas partie des options. »

Longtemps, elle choisit donc l’écriture, l’entrepreneuriat et le militantisme comme moyens d’expression. Mais la musique n’a jamais quitté sa vie. Elle chante depuis l’enfance, fait de la guitare, joue dans des groupes, pratique la comédie musicale pendant dix ans et développe un lien profond avec la scène.

Aujourd’hui, elle assume pleinement cette pluralité.

« Je pense qu’on est toutes et tous pluriels. La musique me permet de faire dire des choses que je ne peux pas dire ailleurs. »

Le retour à la musique, après un moment de vulnérabilité

C’est un moment de remise en question personnelle qui marque un tournant. Après avoir atteint des responsabilités importantes très jeune, Tamo traverse une période de doute.

« Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour que les choses changent vraiment. Et la musique s’est imposée comme une évidence. C’est là que je me sentais vivante. »

Elle reprend alors l’écriture, le chant et la formation artistique. La musique devient un espace de vérité, loin des codes et du conformisme qu’elle a pu ressentir dans les milieux politiques et économiques.

« La musique est un cri du cœur. Elle permet de toucher les gens par l’émotion, là où les discours rationnels échouent parfois. »

« Que les daronnes nous pardonnent » : un hommage aux femmes et aux héritages

Son nouveau single, « Que les daronnes nous pardonnent », est le premier titre qu’elle écrit pour ce nouveau projet. Il naît presque instinctivement, lors d’un atelier d’écriture au Cours Florent.

« C’est venu très vite. J’ai voulu écrire à partir de l’émotion la plus forte en moi : ma conscience féministe et mon héritage. »

Le morceau rend hommage aux femmes des générations précédentes — ces mères, ces grands-mères, ces « daronnes » qui ont porté, souvent dans le silence, les combats et les traumatismes.

Pour Tamo, il s’agit autant d’un acte de reconnaissance que d’un geste de réconciliation.

« On hérite de leurs blessures, mais aussi de leur force et de leur résilience. Cette chanson, c’est une façon de nous réunir. »

Son univers musical mêle chanson française, influences arabo-andalouses et textures plus contemporaines comme le trip-hop. Une identité sonore qui reflète ses racines et sa volonté de créer des ponts entre les cultures.

Une collaboration symbolique et un clip puissant

Pour ce titre, Tamo collabore notamment avec la chanteuse kabyle Nadja Amour, rencontrée au Centre culturel berbère de Belleville. Une rencontre artistique et symbolique, qui incarne l’union des héritages et des identités.

Le clip, réalisé par Yann Guichard, met en scène un « procès des daronnes », une métaphore visuelle des tensions entre générations, qui évolue progressivement vers une réconciliation collective.

« Le but était de montrer que malgré les traumas, nous formons un ensemble. Et que c’est ensemble que nous pouvons avancer. »

Un projet musical profondément personnel

« Que les daronnes nous pardonnent » annonce un EP prévu prochainement, dans lequel Tamo abordera des thèmes intimes et universels : le corps, la transmission, l’exil et l’identité.

Musicalement, elle souhaite créer un équilibre entre sobriété et profondeur émotionnelle, en laissant une place centrale aux mots.

Parallèlement, elle continue de développer son podcast « Loin des yeux, loin du care », qui explore la place de la vulnérabilité et du soin dans notre société.

La musique comme espace de transformation

À travers ce nouveau projet, Tamo ne cherche pas seulement à faire de la musique. Elle cherche à créer un espace d’émotion, de réflexion et de transformation.

« Les changements naissent souvent de l’émotion. La musique peut faire ressentir, et c’est là que les choses commencent à bouger. »

Avec « Que les daronnes nous pardonnent », Tamo signe un premier chapitre fort, sincère et nécessaire, porté par une voix singulière et un message profondément humain.

Article publié le : 04/03/2026

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